Vieux Copain : thonier des Sables d'Olonne

      Belle histoire que celle de Vieux Copain et de son propriétaire Serge Le Joliff. Vieux Copain voit le jour en 1940 aux chantiers Espoirs Sablais aux Sables d’Olonne. Long de près de 18 mètres, le bateau a fière allure. Gaston Poiraud son propriétaire a voulu un navire mixte pouvant fonctionner tant à la voile qu’au moteur. Depuis la fameuse tempête de 1930, l’arrière des thoniers dundee a profondément évolué. Abandonnés les arrières à voûtes pour des poupe rondes qui permettent au bateau d’être mieux défendus de l’arrière. Gaston Poiraud restera fidèle à son bateau toute sa carrière ne consentant à le vendre que lors de son départ définitif à la retraite. IL est alors pris en main par une association grenobloise composée notamment de montagnards mais aussi de marins du centre des Glénans. Avec eux, Vieux Copain va partir pour un long périple dans le grand nord. Deux ans durant, les marins-alpinistes arpentent le groenland. Vieux Copain est leur camp de base pour l’escalade des monts enneigés, leur havre, leur moyen de transport.

      Mais de retour vers la France, Vieux Copain talonne durement sur une roche aux Orcades. Tant bien que mal, le navire arrive jusqu’à la rivière du Trieux, dans l’anse de Coz-Castel. Echoué sur la rive il commence à se désagréger doucement.

      Serge le Joliff est professeur d’éducation physique à Paimpol. Il navigue régulièrement et découvre au hasard de ses ballades, la coque du Vieux Copain sur la vasière. Lui prend alors l’idée d’acquérir le bateau pour le transformer en habitation. L’idée est séduisante et plusieurs paimpolais ont déjà adopté ce type de logement qui peut à l’occasion se transformer en incitation au voyage. A l’aide de quelques uns de ses élèves, il entreprend de nettoyer la coque.
      Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il allait s’éprendre de ce bateau au point de décider d’abandonner son projet initial pour le transformer en une réplique de l’âge d’or des chaltiers-thoniers des Sables d’Olonne, les fameuses gazelles. La rénovation n’ira pas sans mal. Il faut d’abord convoyer le navire jusqu’à Paimpol, puis entreprendre la rénovation de la coque. Serge Le Joliff sonne à toute les portes. Auprès des chantiers Labbé à Saint-Malo et du Chasse-Marée pour glaner des renseignements, à la Direction Régionale des affaires Culturelles pour faire classer le navire Monument Historique. Dans un premier temps le dossier est refusé sous prétexte que le navire n’a jamais navigué autrement qu’au moteur. Mais l’obstination est bonne conseillère et Serge Le Joliff finit par obtenir le classement du navire en 1986. De l’obstination, il lui en a fallu : commencée en 1983, la rénovation du navire ne sera réellement achevée qu’en 1992. Soit près de 50 000 heures de travail pour aboutir aujourd’hui à une réplique  remarquable d’authenticité et d’esthétique.

      Depuis, Serge Le Joliff a abandonné son métier de professeur pour se consacrer entièrement à son bateau. Au départ de Paimpol ou de Lézardrieux , il propose des sorties en mer à la journée ou des petites croisières vers les îles Anglo-Normandes. Vieux Copain promène son élégante silhouette dans les chenaux de Bréhat. Le bateau devrait arriver ce soir à Douarnenez 98.